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22.06.2008
Billets glacés
Quelques réflexions, (aujourd'hui, ensuite), sur l'Europe, cette belle idée encore en devenir, qui gagnerait à être mieux entendue, et présentée sans doute de façon mieux sympathique.
Pas de béatitude cependant, sa construction ayant bien des défauts, et des tendances facheuses, latentes ou réelles.
Mais par là aussi tant a avancé , tant est indispensable, tant aussi est prometteur d'un plus d'espace, de prospérité et d'intelligence… Qu'aurions-nous vraiment à gagner, en nous arcqueboutant sur les beaux restes de l'Ile du coq?
Europe sans visages ? Ainsi sur ses billets, ponts et monuments, certes des traces stylisées de l'existant mais en fait des espaces virtuels inidentifiables réellement, tenant lieux, et sans personne qui traverse.
Ponts composites et ils disent vrai sur le grand mythe qu'ils défont de leur désert : pas d'homme hormis les hommes. Europe sans bruit ni fureur, issue d'un fantasme technocratique ?
Europe alors de soi-disant nouvelles élites, comptables et ingénieurs, noms génériques pour tout ce qui s'en rapproche et en ressort, arcqueboutés sur leurs chiffres, efficaces et prospères, mais sans nombres, sans ce qui défait tout écran, le dépasse ?
Hélas, par défaut évident d'une unanimité politique impossible, on a omis les visages, comme les lieux. Lieux sans visage qui ne sont plus que représentations géométriques inquiétantes, après quelque conflagration à neutrons ? J'exagère, mais enfin… Il est troublant que l'idée d'un dépassement de tant de conflits et de crimes, dont Auschswitz et la Kolyma furent les odieux records, se soit passée le moment venu, sur ses billets, de toute référence aux hommes bien réels, porteurs hier et aujourd'hui de l'idée. N'a t-on pas en fait ici méconnu, l'étymon de commerce, dont l'avec précède toute grâce ? une Europe sans hommes peut-elle vraiment convaincre des dépassements nécessaires à son élan ?
Aussi pour corriger cette fâcheuse impression, ne faudrait-il pas bientôt sur les billets, plutôt un visage et la suite des visages, non pas muséifiée, mais comme le signe où se joua d'abord l'idée d'un nouvel humanisme, non pas sans hommes mais dont l'autre homme serait le signe ? Sans nulle des complaisances par lequel on le méconnaît et l'instrumente de nos jours si souvent, c'est à dire sans nullement barrer les identités constitutives, les pays et leurs strates historiques, les visages fondateurs du XXéme et d'autres siècles encore, les pères tutélaires multiples et si nombreux.
Chaque pays émettrait régulièrement des billets aux effigies exemplaires de son choix, et aux lieux particuliers remarquables. Une disposition obligeant à un consensus minimal européen régulerait alors d'éventuels excès, mais je suis sûr que cette saine concurrence ramènerait à nos oreilles bien des noms de qualité déjà entendus, comme elle nous en ferait découvrir d'autres.
Façon élégante et efficace, que l'Europe se mette à parler par delà les colloques et les alcoves, parle aux travers de ce qui en est déjà un signe palpable. Quel avenir jamais ne se construisit sans passé ?
23:37 Publié dans Chroniques de l'Ile du coq, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : europe, billets, ponts, visages |




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